"C'est une fille... qui est sur Facebook!"
La majorité des projets que j'entreprends partent d'un moment où quelque chose arrive en art et qui dépasse mon vocabulaire, que je trouve pas les mots pour être capable de l'exprimer. C'est, notamment, pour ça que je me suis inscrit en sémio. Épris par un phénomène sans les mots pour le décrire, ça fait en sorte que je suis incapable de lâcher le morceau. Je ne suis pas capable de laisser aller, ça reste dans ma tête. Puis je me pose des questions à propos de ça. Assez obsessivement.
Il y a plusieurs années maintenant suite à la sortie de Notre-Dame-des-Sept-Douleurs de Klô Pelgag, il y a un moment musical dans Mélamine que je ne me figure pas encore. Un moment que j'ai encore de la difficulté à exprimer. Je suis allé fouiller en théorie musicale, j'essaie de le comprendre, j'essaie de voir s'il y a un mot pour ça. Le mot le plus près que j'ai trouvé c'est une syncopation.

(Si vous voulez l'entendre, c'est à 2:23)
Il y a comme un moment où tout est suspendu, puis on change de rythmique, mais c'est pas vraiment ça, c'est autre chose, c'est comme une petite suspension, j'ai terriblement beaucoup de difficulté à le décrire. Le problème, c'est que ce petit moment musical a produit une espèce de brèche chez moi. Ça a brisé quelque chose. Puis c'est depuis ce temps-là que je suis vraiment obsédée avec le son. Mais je ne suis pas obsédé comme quelqu'un qui s'y connaît super bien. Je suis obsédé avec le son comme quelqu'un qui connaît rien pantoute et qui tente de s'en sortir.
Ça tombe quand même bien, je fais du balado depuis 2006, je suis donc un peu sonic-adjacent. À la mi-session. J'ai un étudiant dans mon cours de balado à l'UQAM, Brendon, qui me suggère Dissect de Cole Cuchna.
Dissect, le balado, prend un album au grand complet, puis il l'analyse pièce par pièce. On vient de commencer une saison sur Daft Punk, qui est parfait pour gratter la piqûre que j'ai actuellement par rapport au son. Ça fait beaucoup de bien. Je viens de terminer la saison au complet sur Because Internet de Childish Gambino, C'était fascinant. J'écoutais des épisodes de trucs musicaux avant comme Song Exploder (qui m'avait été suggéré par Julien Morissette) et j'ai le vague souvenir d'un projet de ce genre-là proposé par Louis-Jean Cormier (mais je ne le retrouve plus). Il y a des types de balados comme ça où on travaille sur la musique, mais Dissect, c'est vraiment next level. Ces événements-là: la découverte de Dissect, le fait que j'ai aussi l'impression qu'il y a un enjeu par rapport à l'avenir de l'Internet qui se joue avec, comment on traite le son, le fait que j'ai cette affaire là, ce petit fragment musical de Klô qui est constamment en train de revenir dans ma tête... Ça a pas mal fait la tempête parfaite pour nourrir cette nouvelle obsession, puis nourrir ce nouveau chantier que ça me tente d'explorer.
Ça me tente d'essayer.
On ne parle pas beaucoup du balado, on ne parle pas beaucoup du son au Québec, puis je pense que ça a sa place. Si on veut citer John Cena: The Time is Now. En plus, je reviens du festival Transistor où il y a plein de bonnes idées, il y a plein de créatrices/créateurs extraordinaires qui partagent leurs projets, qui parlent de leurs perspectives, qui posent des questions, qui ont des préoccupations et qui s'interrogent sur de nouveaux enjeux. C'est super intéressant. Ça fait que tout ça, ça alimente l'espèce de tourbillon, ça alimente cette idée que j'ai vraiment le goût de travailler là-dessus.
On a entendu l'annonce la semaine dernière que Crave allait diffuser des balados enregistrés en studio. Dans le catalogue annoncé on voit Sous écoute. Tout le monde s'haït, Couple ouvert, Sexe oral et Pop Pop balado. La hasard fait bien les choses parce que lors du festival Transistor 2026 j'ai pu voir un enregistrement live de Pop Pop. C'est un projet dont j'avais aucune connaissance au préalable,mais c'était vraiment intéressant comme premier contact d'un projet qui, d'apparence, va prendre beaucoup d'ampleur dans les années à venir.
Pourquoi je crois ça? Parce que si on se fie à la salle pleine, la communauté autour de ce balado est déjà là, merch et toute. Lors de l'enregistrement, je pensais beaucoup à cette l'idée de ce qu'on appelle le watercooler moment. Le watercooler moment, c'est une expression anglophone qu'on utilisait ça des années quatre-vingt dix pour parler du moment dans ta journée à la job, au bureau où t'as assez travaillé, t'as besoin d'un break, tu te lèves pour marcher jusqu'à la machine à eau/machine à café et y'a inévitablement de monde déjà là en train de jaser. C'est pas que tu les connais bien, mais tu jases avec eux un instant. Tu sais, c'était très improvisé, c'est des petites conversations souvent autour d'un rendez-vous culturel. Alors là, ça jasait de X-Files ou les Filles de Caleb, c'était des trucs où les gens pouvaient commenter informellement un peu sur la culture. C'était vraiment apprécié comme moment parce qu'on prenait ce qu'il y avait d'individuel puis on le rendait collectif. On parlait de quelque chose qu'on connaissait tous, mais on mélangeait nos opinions, nos interprétations, on sociabilisait. Je crois que c'est quelque chose dont on s'ennuie collectivement dans notre climat actuel de consommation asynchrone. Puis c'est peut-être moi qui la joue nostalgique mais j'ai quand même le sentiment qu'on veut retourner à ça. C'est définitivement ce que j'ai ressenti quand j'étais à Pop Pop Balado.

Ce projet c'est vraiment comme une espèce de watercooler moment pour les oreilles. L'animation de Marie-Josée Gauvin et Maxime Roberge est hyper efficace pour exhalter ce sentiment-là. On dit bien que: "Quand Paul parle de Pierre, on comprend mieux à propos de Paul que de Pierre." Dans le cas de Pop Pop quand Maxime parle d'Alanis Morisette, on comprend plus sur Maxime que sur Alanis. Pop Pop c'est l'idée de mettre en commun une culture qui est au-delà de ce qu'on entend habituellement dans des shows de chaises ou les shows type garden party. Malgré que je connaissais pas du tout le projet, je voyais tout de suite quelle était la clé de son succès. Dans la salle, on ressentait une mise en commun de la culture et ça faisait du bien à la foule, comme ils le disent si bien "We love you, we see you.".
Une des choses que je tente d'enseigner en balado, c'est que pour que ton projet soit un succès, il faut que tu crées une communauté. Ça n'a pas besoin d'être beaucoup de gens mais il faut que tu crées un moment où ces gens se sentent entendus malgré qu'ils ne sont pas en communication directe avoir toi. Que d'écouter, c'est intime. Il y a beaucoup de ça dans Pop Pop, on le voit surtout dans l'animation de Marie-Josée Gauvin
Marie-Josée a une manière spectaculaire d'être "On". Être "On" c'est une l'expression qu'on utilise beaucoup en télé et en radio, pour décrire comment les gens s'allument au bon moment. Comment une fois que la petite lumière rouge s'allume au-dessus de la caméra, la personne à l'animation devient une version amplifiée d'elle même. Marie-Josée Gauvin, elle fait ça super bien. Elle réussit à correctement faire émerger ce ton-là, d'être vive d'esprit, de bien faire bondir les répliques et aussi de faire sortir le meilleur de tout le monde. L'invité de la semaine à l'épisode que j'ai vu était Patrice Bélanger (un de ses collègues à Rouge) donc ça allait de soi qu'il y aurait une complicité pré-existante. Mais elle était tellement bonne en tant que cheffe d'orchestre, à organiser les anecdotes de Patrice, laisser de la place pour les répliques de Maxime et elle-même, être capable de faire amplifier certains trucs. Cette aisance d'exécution est quelque chose qu’on atteindre pas toujours en animation de balado. Cette fonction de jongler avec plusieurs éléments qui, plus souvent qu'autrement, apparaissent en improvisant est très difficile et en plus, elle doit donner l'impression que c'est simple, que ça coule de soi.
Et c'est là où on peut commencer à se poser des questions par rapport à la dualité entre la radio et balado. Qu'est ce que Pop Pop permet que des institutions radiophoniques ne permet pas ça? C'est sûr que c'est le genre de choses qu'on va explorer davantage ici dans la Maison. Mais je voulais quand même mentionner ce projet qui est dans l'actualité présentement, parce qu'il y a vraiment quelque chose sur la centralisation d'une culture commune, l'idée de ne pas tomber dans une nostalgie du périmé, c'est vraiment une nostalgie actualisée pour être capable de parler de notre époque qui a peut-être pas toutes ces références-là. Ça fait œuvre utile, ça fait œuvre rassembleuse.
Dans l'avenir, je vais avoir une rubrique ici sur la situation contemporaine du son dans nos vies de tous les jours mais en guise de conclusion pour cette première lettre, je voulais mentionner d'autres trucs qui qui ont alimenté ma curiosité de partir dans un projet comme ça. Le premier c'est la lettre l'Office national du son d'Andre-Pier Bérubé qui est une autre newsletter, une autre ressource super intéressante par rapport au son que je dévore à chaque édition. Et l'autre c'est Lecture aléatoire d'André Péloquin qui parle beaucoup plus de musique que de son. C'est sur les épaules de ces deux géants là que j'ai vraiment l'impression que je vais pouvoir faire voguer ce projet.